FEMMES CONTRE LA GUERRE 1914-1918

Les deux numéros précédents de Canons Rompus incluaient un article historique sur les oppositions radicales à la guerre 14-18 qui déclenchèrent – entre autres facteurs – une vague révolutionnaire sans précédent sur le continent, à commencer évidemment par la constitution des soviets en Russie. Cet article revient sur le rôle des féministes françaises pendant la guerre, ralliées elles aussi dans leur immense majorité à l’Union sacrée mais dont un petit noyau va réussir à maintenir le combat à la fois contre la guerre, l’exploitation capitaliste et l’oppression des femmes.

Aujourd’hui comme hier le mouvement féministe n’est pas, loin s’en faut, un bloc monolithique. Les années qui précèdent la Première sont marquées par de grandes mobilisations des femmes pour le droit de vote et l’égalité politique. Plusieurs courants traversent alors le mouvement féministe : le féminisme dit bourgeois dont la revendication du suffrage féminin est l’étendard principal, et le féminisme dit radical, ou révolutionnaire, pour qui la réelle égalité des femmes ne peut être que le résultat d’une révolution sociale, qui abolirait les rapports capitalistes de production et de ce fait l’existence même des classes sociales.
En France, un mois avant le début de la Grande Guerre, le 5 juillet, une très grande manifestation pour le vote des femmes rassemble – fait historique – 6 000 femmes.
« 1914 aurait pu être l’année des femmes, c’est l’année de la guerre, qui remet chaque sexe à sa place », affirme Françoise Thébaud (Les Femmes au temps de la guerre de 14, Payot, 2013), contrant ainsi le présupposé selon lequel la Première Guerre mondiale aurait favorisé l’émancipation des femmes. À l’Union sacrée entre les partis politiques pour la Défense nationale va s’ajouter l’union sacrée des sexes. Au son du tocsin, et à l’instar de l’immense majorité des organisations politiques, les associations féministes vont en effet se faire les porte-voix de la patrie en danger. Servir la France devient leur unique objectif. C’est comme épouses, filles ou sœurs de soldats que les adhérentes de l’Union Française pour le suffrage féminin (UFSF) sont engagées à « faire leur devoir » auprès des diverses organisations de la Croix-Rouge ou des œuvres d’assistance et de soins aux blessés, côtoyant ainsi les initiatives féminines d’inspiration plus strictement caritatives. Certaines vont même jusqu’à militer pour l’enrôlement des femmes dans l’armée. L’anarchiste Madeleine Pelletier, militante féministe s’il en est, cherche à obtenir, en vain, une place de médecin des armées.
Au milieu de ce marasme général, Rosa Luxemburg déplore dans son très beau et percutant réquisitoire contre la guerre impérialiste, la Brochure de Junius, l’instauration d’un conseil national des femmes rassemblant femmes de la bourgeoisie et femmes socialistes révolutionnaires.
Au fur et à mesure que le conflit s’enlise, l’écart ne cesse de se creuser, au sein du mouvement ouvrier, entre le courant modéré rallié à la guerre, massif au début de celle-ci, et un courant pacifiste radical, minoritaire mais de plus en plus fédérateur. Ce sont les femmes qui les premières mettent en place des organisations collectives d’opposition à la guerre. En mars 1915, se tient la première conférence internationale des femmes socialistes contre la guerre, à l’appel de la socialiste allemande Clara Zetkin. Cette conférence est d’une importance cruciale car elle pose les jalons d’une organisation radicale contre la guerre – dans un contexte de répression brutale – et fait émerger un tract, un appel aux femmes, qui va être diffusé à des centaines de milliers d’exemplaires en Europe occidentale : « Femmes du prolétariat, où sont vos maris ? Où sont vos fils ? »
En France, à côté de la socialiste Louise Saumoneau, qui est chargée de diffuser ce tract, un petit groupe se constitue autour de plusieurs institutrices à la fois syndicalistes, féministes et militantes contre la guerre. Parmi elles, Marie Guillot, Lucie Collard, Marie Mayoux et Hélène Brion, qui se démènent pendant la durée du conflit pour diffuser tant bien que mal brochures et tracts. Leurs combats sont le reflet tout autant du lien entre syndicalisme, pacifisme et féminisme radical que du renouveau des positions internationalistes. Elles réalisent par leurs multiples actions une double transgression : la transgression de l’intérêt national auquel elles opposent la solidarité internationale de classes, et la transgression des normes supposées de leur sexe en refusant à la fois le rôle de « poilues de l’arrière » et un pacifisme sentimental de bon aloi. Quasi seule contre tous au sein du parti socialiste, Louise Saumoneau, elle, rédige des tracts rageurs à l’endroit des femmes au cours de l’été 1915 : « Alors qu’inattentives à la chose publique, sourdes au bruit du dehors […] la guerre est venue et vous vous laissez griser de l’absinthe nationaliste » ; « masse ignorante et inconsciente qui fait la force et la sécurité des exploiteurs » ; « Femmes du prolétariat, si vous ne voulez plus que la guerre continue de vous torturer […] sortez de votre apathie coupable, […] prenez part à la lutte sociale. »
Et puis il y a les « fauteuses de troubles », ces dizaines de milliers de femmes grévistes qui tout au long de l’année 1917, et un peu partout en Europe, vont se révolter contre les souffrances de la guerre et les salaires de misère. En Russie, ce sont elles qui déclenchèrent les premiers soubresauts de la révolution.

meufs contre la guerre

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